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Quand l'intimité de son propre corps s'efface pendant la grossesse

La grossesse est souvent dépeinte dans la culture populaire comme une étape miraculeuse et poétique de la vie féminine – empreinte d'un teint radieux, de moments romantiques et d'une attente touchante. Les réseaux sociaux sont inondés de photographies parfaitement éclairées de ventres arrondis, sur lesquelles sourient de heureuses futures mamans. Ce qui demeure caché derrière ces images est pourtant une histoire bien plus complexe et humaine. L'une des expériences les moins discutées de la grossesse est la perte d'intimité corporelle – un phénomène qui touche la grande majorité des femmes enceintes, mais dont on parle presque jamais dans les conversations ordinaires.

Il s'agit d'une expérience qui commence discrètement. D'abord vient la première échographie, où le médecin ou la sage-femme pose la sonde sur le ventre sans grande cérémonie. Puis viennent les consultations régulières, les prises de sang, les mensurations, les examens vaginaux. Le corps, qui était jusqu'alors le domaine privé de la femme elle-même, devient progressivement l'objet de l'attention médicale, des commentaires familiaux et des jugements publics. Et tout cela sous le manteau du soin et de l'amour – ce qui rend la situation encore plus complexe.


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Le corps comme bien public

Il existe un phénomène social particulier qui se manifeste presque exclusivement pendant la grossesse : les gens se sentent soudainement autorisés à commenter, toucher et évaluer le corps féminin de manières qui seraient totalement inacceptables en d'autres circonstances. Des inconnus dans un magasin touchent le ventre sans demander la permission. Des parents éloignés s'enquièrent de la prise de poids. Des collègues de travail débattent de la taille du ventre – s'il est trop grand, trop petit, si « ça ressemble à un garçon ou une fille ». La femme enceinte se retrouve dans une position où son corps cesse d'être seulement le sien.

La psychologue et auteure d'ouvrages sur la santé mentale périnatale Aurélie Athan, de l'Université Columbia, a décrit ce phénomène sous le terme de « matrescence » – la transformation de la femme en mère, comparable à l'adolescence et impliquant de profonds changements d'identité, de corporéité et de relation à l'entourage. Cette transformation inclut précisément la confrontation avec le fait que la société perçoit le corps enceint comme une sorte d'espace partagé. Comme Athan l'a elle-même observé : « La grossesse est l'un des rares états où le public semble ressentir une propriété collective sur le corps féminin. »

Ce sentiment de perte de contrôle sur son propre corps n'est pas qu'une impression subjective. Des recherches publiées dans la revue spécialisée Women & Birth montrent de façon répétée que les femmes enceintes éprouvent une diminution significative du sentiment d'autonomie corporelle, aussi bien dans le contexte des soins médicaux que dans la vie sociale quotidienne. Or, le sentiment d'autonomie et de contrôle sur son propre corps est essentiel au bien-être psychologique pendant la grossesse et au bon déroulement de l'accouchement lui-même.

Prenons un exemple concret : Jana, enseignante de trente-trois ans originaire de Brno, décrit son expérience du deuxième trimestre de grossesse comme une « exposition permanente au regard des autres ». Chaque semaine, quelqu'un au travail lui posait la main sur le ventre sans demander. Lors d'un déjeuner en famille, on débattait de la question de savoir si elle prenait du poids « correctement ». Son gynécologue la pesait à chaque consultation et commentait à voix haute les chiffres sur la balance devant l'infirmière et les patientes qui attendaient derrière la porte. « J'avais l'impression d'avoir cessé d'être une personne pour n'être plus qu'une porteuse d'enfant », dit Jana. Son expérience n'a pourtant rien d'exceptionnel – au contraire, elle est étonnamment typique.

Le système médical et l'intimité qui disparaît

Les soins de santé pendant la grossesse sont bien sûr nécessaires et salvateurs. La médecine prénatale moderne sauve des vies de mères et d'enfants, et personne de sensé ne remettrait en question son rôle fondamental. Il est néanmoins important de nommer ce qui se passe, dans le cadre de ces soins, avec l'intimité corporelle de la femme – et comment le système, même avec de bonnes intentions, peut contribuer à son érosion.

Les examens vaginaux, les prises de sang, les échographies, la mesure du col de l'utérus, le suivi de la position du fœtus – tout cela constitue des procédures médicales légitimes. Le problème ne réside pas dans leur existence, mais dans la manière dont elles sont parfois réalisées. Une étude publiée dans The Lancet en 2019, qui recensait les expériences de femmes en matière de soins obstétricaux dans 34 pays, a montré qu'une proportion significative de femmes avait vécu, lors de l'accouchement ou pendant la grossesse, des procédures sans explication adéquate ni consentement explicite. Les auteurs de l'étude ont qualifié ce phénomène de « disrespectful care » – des soins sans respect – et ont souligné qu'il avait un impact négatif démontrable sur la santé mentale des femmes ainsi que sur leur relation au système médical.

Dans le contexte tchèque, la situation est spécifique. Bien que l'obstétrique se soit considérablement améliorée au cours des vingt dernières années et que le nombre de maternités travaillant avec le concept d'accouchement respecté soit en hausse, il existe encore des établissements où le corps de la femme enceinte est abordé davantage comme un objet médical que comme un être à part entière doté d'émotions, de préférences et d'un besoin de dignité. L'organisation Hnutí za respektovaný porod cartographie ces problématiques sur le long terme et fournit aux femmes des informations sur leurs droits dans le cadre des soins obstétricaux.

La perte d'intimité ne commence d'ailleurs pas à l'accouchement. Elle commence bien plus tôt – dès la première échographie vaginale en début de grossesse, alors que la femme est encore sous le choc du test positif et n'a pas encore eu le temps de s'adapter à cette nouvelle réalité. Ou lors de la première consultation, quand le médecin parle de son corps à la troisième personne, comme si elle-même n'était pas présente. Ces moments en apparence anodins s'accumulent et créent une expérience qui peut être profondément déstabilisante pour de nombreuses femmes.

On peut naturellement se demander : pourquoi en parle-t-on si peu ? La réponse est complexe. La grossesse est culturellement associée à la gratitude et à la joie – et une femme qui se plaint de la perte d'intimité ou d'un sentiment d'inconfort lors des examens médicaux risque d'être qualifiée d'ingrate ou d'hypersensible. Il existe également une pression implicite pour que la femme enceinte « coopère » – avec les médecins, avec la famille, avec son entourage – et refoule son propre inconfort au profit de l'enfant. Cette pression est elle-même une forme de perte d'autonomie, même lorsqu'elle est revêtue des atours du soin.

Flat-lay arrangement of self-care items including a journal, herbal tea, lavender sachet, and a soft blanket symbolising personal space and bodily autonomy during pregnancy

Que peut-on faire

Prendre conscience de ce problème est la première étape. En effet, de nombreuses femmes ne réalisent ce qu'elles ont vécu qu'a posteriori – après l'accouchement, lorsqu'elles commencent à regarder en arrière sur les mois écoulés et à mettre des mots sur leurs ressentis. Plus tôt une femme reconnaît qu'elle a le droit à l'intimité, au consentement éclairé et à un traitement digne, mieux elle peut s'orienter dans le système et, le cas échéant, se faire entendre.

Il existe plusieurs manières concrètes de préserver davantage son autonomie corporelle pendant la grossesse :

  • Le consentement éclairé est un droit de toute patiente – la femme peut demander une explication pour chaque acte avant qu'il soit réalisé, et elle a le droit de le refuser ou de le reporter.
  • La communication avec une sage-femme ou une doula peut apporter une aide précieuse – ces professionnelles sont formées au respect des limites et peuvent jouer le rôle d'avocates de la femme au sein du système médical.
  • Établir des limites avec la famille et l'entourage est légitime et sain – une femme peut clairement exprimer qu'elle ne souhaite pas être touchée sans permission, ou qu'elle ne veut pas de commentaires sur son poids ou la taille de son ventre.
  • Un soutien thérapeutique – un entretien avec un psychologue ou un thérapeute spécialisé dans la période périnatale peut aider à traverser les sentiments de perte de contrôle et à développer sa résilience.

Le corps d'une femme enceinte est toujours son corps. Cette phrase peut sembler évidente, mais en pratique, de nombreuses femmes ont besoin de l'entendre encore et encore – de la part des médecins, de leur partenaire, de leurs amis et d'elles-mêmes. La grossesse transforme le corps physiquement et psychiquement, mais elle ne modifie pas le droit fondamental de la femme à l'autonomie, à la dignité et à l'intimité.

Il est également important de réfléchir à la façon dont nous abordons ces sujets dans la société. Plus les femmes partagent leurs expériences – que ce soit dans des conversations privées, dans des communautés en ligne ou publiquement – plus se normalise la réalité que la grossesse n'est pas qu'une étape idyllique, mais aussi une épreuve exigeante des limites, de l'identité et de la confiance en soi. Une plateforme comme Ferwer, qui adopte une vision globale de la santé et du bien-être féminin, peut être un lieu où de telles conversations se tiennent sans jugement et dans le respect.

Chaque grossesse est différente et chaque femme vit cette étape à sa façon. Certaines femmes se sentent au cœur d'une attention bienveillante et l'accueillent avec gratitude. D'autres se sentent submergées, observées et privées de leur intimité. Ces deux expériences sont valides et méritent toutes deux d'avoir leur place. C'est précisément le fait de commencer à parler des aspects plus complexes de la grossesse – y compris la perte d'intimité corporelle – qui peut aider les femmes à se sentir moins seules et mieux préparées à l'une des expériences les plus intenses de la vie humaine.

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